Le zona pédiatrique représente une pathologie dermatologique relativement rare mais médicalement significative, touchant environ 0,74 pour 1000 enfants de moins de 9 ans. Cette affection résulte de la réactivation du virus varicelle-zona (VZV) qui, après avoir causé la varicelle lors de la primo-infection, demeure en état de latence dans les ganglions sensitifs dorsaux. Contrairement aux adultes où le zona est principalement associé au vieillissement et à l’immunosénescence, chez l’enfant, cette réactivation virale peut survenir même en présence d’un système immunitaire compétent. La compréhension des mécanismes physiopathologiques, des présentations cliniques spécifiques et des protocoles thérapeutiques adaptés à l’âge pédiatrique constitue un enjeu majeur pour optimiser la prise en charge de ces jeunes patients et prévenir les complications potentiellement graves.
Physiopathologie du zona pédiatrique et réactivation du virus varicelle-zona
La physiopathologie du zona chez l’enfant repose sur des mécanismes complexes impliquant la réactivation du virus varicelle-zona (VZV), appartenant à la famille des Herpesviridae. Après la primo-infection varicelleuse, généralement survenue dans les premières années de vie, le VZV migre vers les ganglions sensitifs dorsaux par voie rétrograde le long des fibres nerveuses sensitives. Cette migration s’effectue grâce aux propriétés neurotropes spécifiques du virus, qui exploite les mécanismes de transport axonal pour atteindre les corps cellulaires neuronaux des ganglions rachidiens.
Dans l’environnement ganglionnaire, le VZV établit une infection latente caractérisée par une réplication virale minimale et une expression génique restreinte. Cette phase de latence peut persister pendant des années, maintenue par l’équilibre entre les mécanismes de surveillance immunitaire cellulaire et les stratégies d’échappement viral. L’immunité à médiation cellulaire, notamment les lymphocytes T CD8+ cytotoxiques et les cellules Natural Killer, joue un rôle crucial dans le maintien de cette latence virale. Chez l’enfant, contrairement à l’adulte, la réactivation peut survenir même avec un système immunitaire apparemment compétent, suggérant l’existence de facteurs déclenchants spécifiques à cette population.
Les mécanismes de réactivation du VZV chez l’enfant impliquent plusieurs facteurs déclenchants potentiels. Le stress physique ou émotionnel, les infections intercurrentes, les traumatismes locaux, ou encore certaines thérapeutiques peuvent compromettre temporairement la surveillance immunitaire locale. La réactivation virale se traduit par une réplication active du VZV dans le ganglion sensitif, suivie d’une migration centrifuge le long des fibres nerveuses sensitives vers les territoires cutanés correspondants. Cette migration s’accompagne d’une inflammation neurogène intense, responsable des manifestations douloureuses caractéristiques précédant l’éruption cutanée.
L’homme constitue le réservoir exclusif du virus varicelle-zona, et la compréhension de sa physiopathologie spécifique chez l’enfant permet d’optimiser les stratégies diagnostiques et thérapeutiques adaptées à cette population particulière.
Manifestations cliniques spécifiques du zona chez l’enfant par localisation anatomique
Les manifestations cliniques du zona pédiatrique présentent des caractéristiques distinctes selon la localisation anatomique de l’atteinte nerveuse. La distribution métamé
rique des lésions vésiculeuses suit toujours un dermatome, c’est-à-dire le territoire cutané innervé par un nerf sensitif précis. Chez l’enfant, cette disposition linéaire ou en « bande » unilatérale est un élément clé du diagnostic, permettant de différencier le zona d’autres dermatoses vésiculeuses plus diffuses. Les signes généraux (fièvre, asthénie, céphalées) peuvent être au premier plan, notamment chez le jeune enfant, alors que les douleurs neuropathiques sont parfois moins exprimées que chez l’adulte, ce qui peut retarder la reconnaissance du tableau clinique par les parents.
Zona thoracique et dermatomes intercostaux T1-T12 chez l’enfant
Le zona thoracique représente la forme la plus fréquente de zona chez l’enfant immunocompétent. L’atteinte concerne le plus souvent les dermatomes intercostaux T3 à T8, se traduisant par une éruption vésiculeuse unilatérale disposée en demi-ceinture, allant de la colonne vertébrale vers le sternum. Avant l’apparition des vésicules, l’enfant peut se plaindre de sensations de brûlure, de picotements ou de douleurs mal localisées, parfois confondues avec des douleurs musculaires ou des « coups de froid ».
Cliniquement, la peau devient érythémateuse puis se couvre de vésicules groupées en bouquet, remplies d’un liquide clair puis trouble. Ces lésions de zona thoracique peuvent être prurigineuses mais restent surtout douloureuses à la palpation, avec une hypersensibilité au contact des vêtements. Chez le jeune enfant qui verbalise peu, on peut observer une irritabilité, un refus de s’habiller ou de se laisser porter, signes indirects de douleurs neuropathiques. L’évolution est en général bénigne, avec une cicatrisation en 10 à 14 jours et un risque très faible de névralgies post-zostériennes par rapport à l’adulte.
Zona ophtalmique et atteinte du nerf trijumeau V1 pédiatrique
Le zona ophtalmique de l’enfant, dû à l’atteinte de la branche ophtalmique du nerf trijumeau (V1), constitue une urgence diagnostique et thérapeutique. Il débute souvent par des douleurs ou une sensibilité inhabituelle au niveau du front, du cuir chevelu antérieur ou de la racine du nez, parfois associées à des céphalées et une photophobie. L’éruption survient ensuite sous forme de vésicules unilatérales sur le front, la paupière supérieure et le dos du nez, respectant strictement la ligne médiane.
Le signe de Hutchinson (vésicules sur l’aile ou la pointe du nez) traduit l’atteinte de la branche nasociliaire et augmente le risque d’atteinte oculaire (kératite, uvéite antérieure, conjonctivite sévère). Même chez un enfant qui se plaint peu, une rougeur oculaire, un larmoiement, une gêne à la lumière ou un clignement excessif doivent alerter. Sans prise en charge rapide, les complications ophtalmiques du zona V1 pédiatrique peuvent entraîner des séquelles visuelles durables. Vous l’aurez compris : toute éruption suspecte autour de l’œil impose une consultation urgente en ophtalmologie.
Zona cervical et complications neurologiques des segments C2-C8
Le zona cervical chez l’enfant intéresse les dermatomes C2 à C8, situés au niveau du cou, de la nuque, de la partie supérieure du thorax et parfois du membre supérieur. Sur le plan clinique, il se manifeste par des vésicules douloureuses le long du cou, derrière l’oreille ou sur l’épaule, parfois associées à des paresthésies dans le bras ou la main lorsque les racines C5-C8 sont touchées. Cette forme de zona pédiatrique peut mimer une radiculalgie ou une douleur musculo-squelettique, d’où l’importance d’un examen cutané minutieux à la recherche d’une disposition métamérique.
Les complications neurologiques du zona cervical sont rares mais possibles, notamment dans un contexte d’immunodépression. Elles comprennent des déficits moteurs transitoires (faiblesse d’un membre supérieur), des troubles sensitifs persistants ou, plus exceptionnellement, une myélite segmentaire. Chez l’enfant, toute asymétrie motrice, difficulté à utiliser un membre ou modification de la démarche associée à un zona cervical doit conduire à un avis neurologique rapide. Heureusement, dans la majorité des cas pédiatriques, l’évolution reste favorable avec récupération complète après la phase aiguë.
Zona lombo-sacré et manifestations génitales chez l’adolescent
Le zona lombo-sacré chez l’enfant et l’adolescent touche les dermatomes L1 à S5, responsables de la sensibilité de la région lombaire, des fesses, de la face antérieure ou postérieure des membres inférieurs et de la zone génitale. Chez l’adolescent, cette localisation peut se manifester par une éruption de vésicules douloureuses au niveau des organes génitaux externes, du périnée ou de la fesse, parfois confondue avec une infection sexuellement transmissible ou un herpès génital. La disposition linéaire unilatérale, l’association à des douleurs radiculaires et l’anamnèse de varicelle orientent vers un zona.
Des troubles fonctionnels transitoires peuvent accompagner un zona lombo-sacré pédiatrique : difficultés à uriner, constipation ou douleurs à la défécation, liées à l’atteinte des racines sacrées. Bien que ces symptômes soient le plus souvent réversibles, ils justifient une surveillance clinique rapprochée pour dépister rapidement une rétention aiguë d’urines ou un trouble sphinctérien persistant. Sur le plan psychosocial, l’atteinte génitale peut être source d’anxiété importante chez l’adolescent, d’où l’importance d’une explication rassurante, d’un respect de la pudeur et, si besoin, d’un accompagnement psychologique.
Diagnostic différentiel et examens paracliniques du zona infantile
Chez l’enfant, le diagnostic de zona repose avant tout sur l’examen clinique, mais certaines situations nécessitent des examens complémentaires pour confirmer l’atteinte par le virus varicelle-zona. C’est le cas des formes atypiques, des présentations disséminées, des nourrissons ou des enfants immunodéprimés chez qui le pronostic peut être plus engagé. Comment distinguer, en pratique, un zona infantile d’un herpès simplex, d’une dermatite de contact ou d’une impétigo bulles ? L’analyse de la distribution métamérique, du contexte clinique et des tests virologiques va nous aider.
Les examens paracliniques disponibles incluent la PCR VZV sur liquide vésiculaire, la sérologie IgM/IgG varicelle-zona et l’immunofluorescence directe. Ils ne sont pas systématiques, mais viennent en appui lorsque le diagnostic clinique n’est pas évident ou que la prise en charge thérapeutique pourrait être modifiée (par exemple pour initier un traitement antiviral intraveineux chez un enfant immunodéprimé). L’objectif est double : confirmer l’étiologie virale et éliminer un diagnostic différentiel, en particulier l’herpès simplex virus (HSV-1 ou HSV-2) qui peut présenter des lésions proches.
PCR VZV et détection ADN viral dans le liquide vésiculaire
La PCR VZV sur liquide vésiculaire est aujourd’hui considérée comme la méthode de référence pour confirmer un zona chez l’enfant lorsqu’un doute subsiste. Elle consiste à prélever, à l’aide d’un écouvillon stérile, le contenu de plusieurs vésicules récentes, idéalement non rompues, puis à analyser cet échantillon en laboratoire de virologie. La technique de PCR permet de détecter et d’amplifier l’ADN viral du VZV avec une sensibilité et une spécificité très élevées.
Cette approche est particulièrement utile dans les formes atypiques (lésions nécrotiques, éruption peu évocatrice), les atteintes disséminées chez les enfants immunodéprimés, ou encore lorsqu’un diagnostic différentiel avec le HSV est posé. En pratique pédiatrique, la PCR VZV aide aussi à documenter les cas de zona néonatal ou du nourrisson, par exemple après une varicelle maternelle au troisième trimestre de grossesse. Comme pour un test ADN, le résultat positif confirme la présence active du virus varicelle-zona, orientant vers une prise en charge antivirale ciblée.
Sérologie IgM/IgG varicelle-zona et interprétation pédiatrique
La sérologie VZV repose sur la recherche d’anticorps spécifiques IgM et IgG dans le sang. Chez l’enfant présentant un zona typique, ce test n’est généralement pas nécessaire. Cependant, il peut être intéressant dans certaines situations complexes : suspicion de primo-infection varicelleuse atypique, doute sur un zona chez un nourrisson ou investigation d’un déficit immunitaire sous-jacent. Les IgM traduisent une infection récente, alors que les IgG témoignent d’un contact antérieur avec le virus, que ce soit par infection naturelle ou vaccination.
L’interprétation de la sérologie pédiatrique nécessite prudence. Un enfant vacciné contre la varicelle peut présenter des IgG VZV positives sans avoir jamais eu de varicelle clinique, et un zona peut survenir malgré cette immunisation. De plus, la réponse IgM peut être faible ou transitoire dans les réactivations. En pratique, on retient qu’une élévation significative du titre d’IgG entre deux prélèvements ou la présence d’IgM spécifiques renforce l’hypothèse d’une infection récente par le VZV. Mais la sérologie reste un examen complémentaire, à confronter systématiquement aux données cliniques.
Immunofluorescence directe et cytologie des cellules géantes multinucléées
L’immunofluorescence directe sur prélèvement cutané permet de détecter spécifiquement des antigènes viraux du VZV au sein des cellules infectées. Un fragment de lésion ou un grattage vésiculaire est coloré à l’aide d’anticorps monoclonaux marqués, dirigés contre les protéines du virus varicelle-zona. L’apparition d’une fluorescence caractéristique sous microscope confirme l’infection par le VZV. Cette méthode est rapide et particulièrement utile lorsqu’on doit distinguer un zona d’un herpès simplex dans un contexte de zona ophtalmique ou génital chez l’adolescent.
Sur le plan cytologique, l’examen direct des cellules épidermiques prélevées sur une vésicule (frottis de Tzanck) peut montrer des cellules géantes multinucléées, typiques des infections par les virus herpétiques (VZV et HSV). Toutefois, cette technique n’est pas spécifique du VZV et ne permet pas de différencier de façon certaine zona et herpès. Elle est donc de plus en plus supplantée par la PCR et l’immunofluorescence directe, plus précises. On peut la voir comme un « vieux cliché radiologique » : utile pour suspecter une infection herpétique, mais insuffisant pour un diagnostic définitif chez l’enfant.
Diagnostic différentiel avec l’herpès simplex virus HSV-1 et HSV-2
Le principal diagnostic différentiel du zona infantile est l’infection à herpès simplex virus (HSV-1 ou HSV-2), en particulier pour les localisations orofaciales et génitales. L’herpès se manifeste par des vésicules groupées sur fond érythémateux, récidivantes, souvent déclenchées par la fièvre, le soleil ou le stress. Contrairement au zona, la répartition n’est pas systématiquement métamérique, et les lésions peuvent être bilatérales ou diffuses sur la muqueuse labiale ou génitale. L’atteinte herpétique est également plus fréquente chez l’adolescent sexuellement actif.
Pour distinguer cliniquement zona et HSV, on s’appuie sur plusieurs éléments : caractère unilatéral strict, disposition en bande suivant un dermatome, contexte de varicelle antérieure et présence de douleurs radiculaires évoquant un trajet nerveux. Lorsque le doute persiste, la PCR multiplex permettant de rechercher simultanément l’ADN du VZV et de l’HSV dans le liquide vésiculaire est l’examen de choix. Ainsi, on évite une erreur de diagnostic qui pourrait entraîner un retard thérapeutique, notamment en cas de zona ophtalmique de l’enfant où le pronostic visuel est en jeu.
Protocoles thérapeutiques antiviraux adaptés à l’âge pédiatrique
La prise en charge thérapeutique du zona chez l’enfant repose sur deux piliers : le traitement symptomatique (antalgie, soins locaux, prévention des surinfections) et, dans certaines situations, un traitement antiviral spécifique. Faut-il traiter systématiquement par aciclovir un zona pédiatrique ? La réponse est nuancée. Chez l’enfant immunocompétent présentant une forme localisée et peu douloureuse, un traitement uniquement symptomatique peut suffire. En revanche, les formes sévères, disséminées, ophtalmiques ou sur terrain immunodéprimé justifient un recours précoce aux antiviraux.
Les molécules les plus utilisées sont l’aciclovir, le valaciclovir et, plus rarement en pédiatrie, le famciclovir. Leur efficacité est maximale lorsqu’ils sont initiés dans les 72 heures suivant l’apparition de l’éruption, période pendant laquelle la réplication virale est la plus intense. L’objectif est de réduire la durée de la phase aiguë, d’atténuer les douleurs et de limiter le risque de complications neurologiques ou ophtalmiques. Comme toujours en pédiatrie, les schémas thérapeutiques doivent être adaptés au poids, à l’âge et au contexte clinique de l’enfant.
Posologie aciclovir per os selon le poids corporel chez l’enfant
L’aciclovir reste l’antiviral de référence pour le traitement du zona chez l’enfant. Son mécanisme d’action repose sur l’inhibition de la polymérase virale de l’ADN du VZV après phosphorylation intracellulaire. En pratique, la posologie orale recommandée pour le zona pédiatrique est de 20 mg/kg toutes les 6 à 8 heures (soit environ 80 mg/kg/j), sans dépasser la dose adulte, pendant 5 à 7 jours. Cette dose doit être ajustée en cas d’insuffisance rénale, situation rare mais possible chez certains enfants polymédiqués ou présentant une pathologie rénale chronique.
Le recours à l’aciclovir per os est particulièrement indiqué chez les enfants présentant un zona ophtalmique, une localisation lombo-sacrée avec manifestations génito-urinaires, une forme extensive ou un terrain à risque (immunodépression, corticothérapie prolongée, cancer). Pour optimiser la tolérance digestive, il est conseillé d’administrer les prises au cours des repas et de veiller à une bonne hydratation. Un contrôle clinique est recommandé à 48-72 heures pour s’assurer de la bonne évolution, ajuster la posologie si besoin et vérifier l’absence d’effets secondaires, principalement digestifs ou cutanés.
Valaciclovir et biodisponibilité optimisée en pédiatrie
Le valaciclovir est une prodrogue de l’aciclovir, offrant une meilleure biodisponibilité orale, ce qui permet de réduire la fréquence des prises. Chez l’adolescent, son utilisation est particulièrement intéressante pour améliorer l’observance, notamment en contexte de zona génital ou ophtalmique où la durée du traitement est cruciale. Les données restent plus limitées chez le jeune enfant, mais dans certains pays, le valaciclovir est utilisé à partir de 12 ans et/ou à partir d’un certain poids, selon les recommandations locales.
La posologie habituelle de valaciclovir pour le zona chez l’adulte est de 1 g trois fois par jour pendant 7 jours. En pédiatrie, on privilégie généralement des schémas adaptés au poids et à l’âge, souvent en milieu spécialisé, en particulier chez l’enfant immunodéprimé. L’avantage majeur du valaciclovir réside dans la simplification du schéma thérapeutique (2 à 3 prises quotidiennes), facteur clé pour les adolescents qui gèrent eux-mêmes leur traitement. Comme pour l’aciclovir, une attention particulière doit être portée à la fonction rénale et à l’hydratation.
Famciclovir et alternatives thérapeutiques pour les formes résistantes
Le famciclovir, autre antiviral de la famille des analogues nucléosidiques, est moins utilisé en routine chez l’enfant mais constitue une alternative en cas de résistance ou d’intolérance à l’aciclovir et au valaciclovir. Il est principalement indiqué chez l’adulte, mais certaines équipes pédiatriques peuvent y recourir de manière off-label dans des situations complexes, après avis spécialisé en infectiologie ou en dermatologie pédiatrique. Sa bonne biodisponibilité orale et sa posologie espacée en font un candidat intéressant, notamment pour les adolescents.
Les résistances au VZV restent rares chez l’enfant immunocompétent, mais peuvent apparaître dans le contexte d’immunodépression sévère, en particulier lors de traitements prolongés par aciclovir. Dans ces cas, la mise en évidence d’une souche résistante en laboratoire peut conduire à envisager le famciclovir ou, dans des situations extrêmes, des antiviraux de seconde ligne en intraveineux. La prise en charge doit alors se faire en milieu hospitalier, avec une surveillance rapprochée des paramètres biologiques et de la réponse clinique.
Corticothérapie adjuvante et prévention des névralgies post-zostériennes
Chez l’adulte, l’utilisation de corticoïdes systémiques en association aux antiviraux a été discutée pour réduire l’intensité de la douleur aiguë et le risque de névralgies post-zostériennes. En pédiatrie, les données sont beaucoup plus limitées et la corticothérapie adjuvante n’est pas recommandée de manière systématique. Pourquoi ? D’une part, les douleurs post-zostériennes sont nettement plus rares et moins prolongées chez l’enfant que chez le sujet âgé. D’autre part, l’exposition aux corticoïdes systémiques n’est pas anodine chez un enfant en croissance, surtout s’il existe un terrain infectieux ou immunodéprimé.
La corticothérapie peut néanmoins être discutée au cas par cas dans certaines formes sévères de zona pédiatrique, notamment en présence de complications neurologiques (radiculite intense, atteinte motrice, myélite) ou d’un zona ophtalmique avec forte inflammation. Dans ces situations, la décision doit être prise en milieu spécialisé, en concertation avec les équipes de neurologie, d’infectiologie ou d’ophtalmologie pédiatrique. L’accent est mis avant tout sur le contrôle de la douleur par des antalgiques adaptés (paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdiens, voire morphiniques), plutôt que sur une corticothérapie systémique de routine.
Complications spécifiques et prise en charge des formes sévères
Si le zona chez l’enfant est le plus souvent bénin, certaines formes peuvent s’accompagner de complications sérieuses nécessitant une prise en charge hospitalière. Les plus fréquentes sont les surinfections bactériennes cutanées (impétiginisation des vésicules, cellulite), favorisées par le grattage et le manque d’hygiène locale. Des lésions suintantes, douloureuses, entourées d’un érythème chaud et infiltré doivent faire évoquer cette complication, justifiant l’introduction d’un traitement antibiotique adapté.
Les complications neurologiques, bien que rares en pédiatrie, regroupent les méningites virales, les encéphalites, les myélites et les atteintes radiculaires motrices. Elles se traduisent par des céphalées intenses, une raideur de nuque, des troubles de la conscience, des convulsions ou un déficit moteur focal. Toute suspicion d’atteinte neurologique associée à un zona infantile doit conduire immédiatement à une hospitalisation et à un bilan approfondi (imagerie cérébrale, ponction lombaire, PCR VZV dans le LCR). Un traitement antiviral intraveineux par aciclovir est alors initié sans délai.
Les formes disséminées de zona, caractérisées par des lésions vésiculeuses multiples sur plusieurs dermatomes ou sur l’ensemble du corps, surviennent presque exclusivement chez les enfants immunodéprimés (cancer, greffe, traitement immunosuppresseur, infection VIH). Ces tableaux peuvent s’accompagner d’atteinte viscérale (pneumopathie, hépatite, atteinte hématologique) et nécessitent une hospitalisation en milieu spécialisé, une surveillance rapprochée et un traitement antiviral intraveineux à forte dose. Dans ce contexte, le zona n’est plus une simple maladie cutanée mais une infection systémique potentiellement grave.
Enfin, les séquelles à long terme du zona chez l’enfant, telles que les cicatrices dyschromiques, les dépigmentations ou, plus rarement, les douleurs neuropathiques persistantes, doivent être prises en compte dans le suivi. Une prise en charge précoce et adaptée des formes sévères, associée à un accompagnement psychologique lorsque l’atteinte est visible (visage, génital), permet de limiter l’impact sur la qualité de vie de l’enfant et de sa famille. En cas de zona ophtalmique, un suivi ophtalmologique prolongé est indispensable pour dépister et traiter précocement toute complication cornéenne ou uvéale.
Prévention primaire par vaccination varivax et recommandations HAS
La prévention du zona pédiatrique passe en premier lieu par la prévention de la varicelle, puisque le virus varicelle-zona reste latent après la primo-infection. Le vaccin vivant atténué contre la varicelle (par exemple Varivax) permet de réduire de façon significative le risque de varicelle clinique chez l’enfant, et donc la probabilité de développer un zona plus tard dans la vie. Toutefois, il est important de rappeler que le vaccin ne supprime pas totalement le risque de réactivation : des cas de zona peuvent survenir après une varicelle vaccinale, mais ils sont en général plus rares et de moindre sévérité.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) ne recommande pas, à ce jour, la vaccination systématique contre la varicelle chez tous les enfants en bonne santé. La stratégie privilégiée vise plutôt les populations à risque ou l’entourage de personnes fragiles (femmes enceintes séronégatives, immunodéprimés). L’un des arguments avancés est qu’une généralisation de la vaccination pourrait modifier l’épidémiologie du VZV et augmenter le nombre d’adultes non immunisés exposés à une varicelle potentiellement plus grave. La décision vaccinale doit donc être individualisée, en concertation avec le pédiatre.
La prévention du zona proprement dit par vaccination spécifique (vaccin recombinant contre le zona) concerne surtout les adultes de plus de 50 ans et certaines populations immunodéprimées, et n’est pas indiquée en routine chez l’enfant. Néanmoins, une bonne couverture vaccinale contre la varicelle, associée au respect des mesures d’hygiène et à l’isolement temporaire des enfants contagieux, contribue à limiter la circulation du virus varicelle-zona dans la communauté. Pour les parents, l’enjeu est de discuter avec le médecin de famille ou le pédiatre des bénéfices et des limites de la vaccination Varivax, en tenant compte du contexte médical et familial.
En pratique, comment protéger au mieux votre enfant du zona ? En veillant d’abord à ce que sa varicelle, si elle survient, soit bien prise en charge, en évitant les facteurs de risque d’immunodépression et en consultant rapidement en cas d’éruption douloureuse unilatérale suspecte. La vaccination contre la varicelle peut être proposée dans certaines situations, notamment chez les enfants à risque de formes graves ou dans l’entourage de personnes immunodéprimées. En restant attentifs aux recommandations actualisées de la HAS et en échangeant avec les professionnels de santé, vous disposerez des meilleures armes pour prévenir et reconnaître précocement le zona chez l’enfant.
